Ailleurs : l'art roman aux origines du style de Pont-Croix

Les origines d'un style

L'architecture dite de Pont-Croix serait une réinterprétation de formes romanes déployées dans quatre églises du Morbihan : Langonnet, Ploërdut, Priziac et Calan, rares exemples d'art roman en Bretagne.

Ces édifices comportent des caractéristiques similaires à ceux du style architectural dit de Pont-Croix, dans les proportions de leur construction et de leurs élévations, ainsi qu'au niveau du traitement des arcades.

Loin de l’hypothèse d’origines anglaises, le modèle serait issu d’édifices proches, qui existaient dans l’évêché de Cornouaille avant la fondation des départements.

La poursuite des recherches sur cette thématique pourrait nous mener sur les traces des chantiers cisterciens …

L'église romane Saint-Pierre et Saint-Paul de Langonnet

Priziac

Selon un plan en croix latine, l'église Saint-Beheau comprend une nef à trois vaisseaux, un transept aux bras peu saillants, un chœur à chevet plat et flanqué de deux grandes chapelles, un porche ouvrant sur la première travée de la nef et un clocher-porche occidental.

Reconstruite au XVIe puis au XIXe siècle, l'église conserve des éléments de l'église primitive du XIIe siècle : les élévations de la croisée et les bras du transept, les piliers sud, le mur-gouttereau sud et les murs du chœur.

On retrouve ici des chapiteaux de forme cubique aux motifs d'inspiration celtique, exceptionnels par la variété de leurs représentations, des motifs ornant également la base des piles.

Chœur de l'église de Priziac

Ploërdut

Nef de l'église Saint-Pierre de Ploërdut

Placé aujourd'hui sous le patronage de saint Pierre, l'édifice était initialement dédié à saint Ildut, patron de la paroisse et qui a donné son nom à la commune.

Moins remaniée que les églises voisines, St-Pierre de Ploërdut conserve une nef à 8 travées du XIe siècle. Cette nef romane communique avec les collatéraux par des arcades en plein cintre. Les piles, parfois flanquées de colonnettes, supportent des chapiteaux dont 19 présentent à nouveau des motifs géométriques remarquables et similaires.

L'église sera remaniée XIVe (tour porche occidentale), au XVIe (charpente aux sablières et entraits sculptés), puis aux XVIIe (transept) et XIXe siècles (chœur).

L'évêché de Cornouaille

Une gargouille sur l'église de Ploërdut

L'évêché de Cornouaille aurait été fondé aux alentours de l'année 500. La tradition présente saint Corentin comme le premier évêque de cette circonscription catholique.

Avec la Constitution Civile du clergé de 1791 et, ensuite, le Concordat du 29 novembre 1801, les diocèses de Bretagne sont remaniés afin que leurs limites géographiques se fondent sur celles des départements. L'évêché de Cornouaille est amputé notamment de sa partie occidentale : les trois édifices de Calan, Priziac et Ploërdut sont rattachés au diocèse de Vannes.

Langonnet

Eglise de Langonnet : chapiteaux originaux aux décors variés

Langonnet relevait jadis du diocèse de Cornouaille et l'église Saint-Pierre et Saint-Paul était déjà mentionnée au XIe siècle dans le cartulaire de l'abbaye de Landévennec. L'édifice actuel aurait été construit à l'emplacement d'un ancien établissement monastique bénédictin du Xe siècle. Un autre monastère fut édifié deux siècles plus tard, à l'initiative des Cisterciens, à quelques kilomètres de là, sur les bords de l'Ellé.

Les parties les plus anciennes datent de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle. Seule la partie orientale de la nef, dans le pur style roman, fut conservée de l'église primitive. Les quatre premières arcades nord et les trois premières sud sont composées de colonnes cylindriques sur lesquelles retombent par pénétration des arcs brisés à deux rouleaux moulurés à deux cavets. Les deux arcades suivantes nord et les trois sud sont composées de piliers de quatre colonnes couronnées par des arcs plein cintre à un rouleau retombant sur des chapiteaux à tailloir cubique et à corbeille plate ornée.

Le reste de l'édifice subit des remaniements successifs : XVIe, XVIIe et XIXe.

L'originalité des supports réside dans la forme des corbeilles et chapiteaux, aux décors très variés : personnages, ovales, volutes, entrelacs, animaux fantastiques...

Calan

Chapiteau de l'église de Sainte-Trinité à Calan

La partie basse de la nef de l'église de Sainte-Trinité date de la fin du Xe et du début du XIsiècle, la partie haute et la croisée du transept, de la fin du XIe – début XIIe siècle. Les bas-côtés communiquent avec la nef par des arcades simples reposant sur des piliers carrés, des piliers cylindriques à tailloirs ou sur des piliers forcis de colonnettes engagées à chapiteaux. Les parties externes de la voussure s'appuient sur des corbelets. À noter l'intrados, c'est-à-dire la partie interne de l'arc, communiquant avec les collatéraux du chœur, constitué non par un bandeau plat mais par une série de gros boudins tangents.

Il subsiste des peintures romanes dans la nef, exemple très rare puisqu'on en connaît que deux autres en Bretagne.

Le chœur peut être daté d'avant le XVe siècle. La décoration géométrique des chapiteaux romans est extrêmement diverse : entrelacs, crossettes, volutes, draperies, étoiles à facettes, blason dont le chef dessine une croix, et, cas unique confirmant la maîtrise du sculpteur, un jeu d'étoiles réalisant un passe élégant du cercle au carré. Certaines colonnes engagées n'ont pas de chapiteaux et supportent directement la retombée de l'arc ainsi qu'un poteau de soutien en bois.

L'église de Calan a conservé les fenêtres primitives des bas-côtés. Autres éléments à découvrir : bénitier du XIIe, statue en pierre polychrome d'une Vierge ; cimetière entourant l'église.