Pont-Croix : l'église Notre-Dame de Roscudon

Elévations caractéristiques du style de Pont-CroixCordons verticaux que l'on retrouve dans d'autres édifices du groupe

Historique

L’église primitive aurait été édifiée au milieu du XIIIe s. par les seigneurs fondateurs de Pont-Croix. Elle fut agrandie, modifiée au cours de six chantiers échelonnés sur cinq siècles. Le porche méridional construit vers 1400 est une des créations les plus originales de l’art gothique en Bretagne. La flèche flamboyante édifiée au milieu du XVe s. fut prise comme modèle pour de la cathédrale de Quimper.

La porte, dans le style gothique rayonnant (fin XIVe)

Vue aérienne de Pont-Croix (à partir d'une carte postale)

Pont-Croix est un bourg castral : une agglomération née au pied d’un château vers le XIe siècle. Centre d’une seigneurie s’étendant sur plusieurs paroisses, elle confère des revenus considérables à son seigneur, qui lui permettent de financer la construction d’une église.

Si la forteresse située au cœur de la ville a disparu, l’église édifiée par les seigneurs du lieu au XIIIe siècle a été conservée : Notre-Dame de Roscudon aurait été, dans son état primitif, la chapelle du château. Construit dans la seconde moitié du XIIIe siècle, l’édifice primitif comprend la nef, les premières travées du chœur, avec leurs doubles bas-côtés nord, ainsi que le chevet plat.

L’un des derniers seigneurs de la lignée des Pont-Croix, Sinquin, aurait poursuivi l’édification de Notre-Dame de Roscudon en prolongeant le chœur de deux travées. 

Au XVe siècle, Pont-Croix est une ville prospère, administrée par la famille de Rosmadec. À cette époque d’importants travaux sont effectués.

Au début du XVe siècle, le porche méridional ainsi que l’actuelle chapelle des fonts baptismaux ont été construits sur le flanc sud de la nef, par les seigneurs de la ville.

Les maçonneries du transept ont été également modifiées et les piliers de la croisée du transept renforcés pour pouvoir supporter le poids du clocher et de sa flèche en pierre. Au XVIe siècle, Alain II de Rosmadec a prolongé le chœur vers l’est et a modifié le chevet qui devient à pans multiples. Il est probable que ces travaux aient été réalisés grâce à l’octroi d’une bulle d’indulgence accordée le 14 décembre 1520. Jusqu’au Concordat, l’église est une trêve de la paroisse de Beuzec-Cap-Sizun, puis elle est érigée en église paroissiale.

En 1851, grâce à l’attention portée par Joseph Bigot, l’église est classée Monument Historique. Ainsi, la commune obtient en 1852 des crédits de l’État qui lui permettent de la restaurer. Bon nombre d’architectes s’y sont intéressés dont Paul Gout qui a restauré sa flèche à l’extrême fin du XIXe siècle.

La chapelle du Rosaire

Architecture

L'église N.D. de Roscudon comporte l’ensemble des caractéristiques originales présentées ici. Les piles, très fines, sont cantonnées de quatre, six ou huit colonnettes. Les chapiteaux sont de forme cubiques et décorés de motifs géométriques. Les voussures inférieures de l’arcade en plein cintre retombent sur une forme de bec à sifflet, les autres sur un culot au-dessus du tailloir. Des filets verticaux courent au-dessus des arcs. Les bases des colonnes reposent sur un socle massif.

L'église de Pont-Croix est construite en granit jaune zébré de veines brunâtres d’hydroxyde de fer, appelée pierre de Logonna-Daoulas. Elle est sans doute acheminée par voie maritime depuis la rade de Brest.

La nef est la partie de l’édifice la plus soignée par les bâtisseurs. Elle compte huit travées, divisées par une arcature en plein cintre reposant sur des piles au profil varié. Très légères, elles présentent des plans formés de faisceaux de quatre, six ou huit colonnettes très fines engagées ou cantonnées.

Une travée très représentative du style de Pont-Croix

 Pont-Croix, la plénitude du style

Au-dessus des piles se développent des chapiteaux cubiques avec des décors simplement incisés. Seul l’un d’entre eux présente un décor floral.

Sur chaque flanc se développe un bas-côté. Ils ont des proportions plus réduites que celles de la nef. Voûtés en demi-berceau, ils reçoivent la lumière extérieure grâce à de petites baies.

Dans le prolongement de la nef se développe en largeur un transept saillant. Une grande baie illumine le bras sud.

Au centre de la croisée du transept, s’élèvent quatre piliers massifs, qui entourent les piles primitives beaucoup plus frêles. Ces supports sont beaucoup plus larges que ceux de la nef car ils soutiennent un clocher massif. Ce dernier est composé d’un beffroi, surmonté par une galerie et d’une flèche cantonnée de quatre clochetons d’angle ajourés.

Le chœur est composé de sept travées avec des bas-côtés double au nord et simple au sud. Les piles sont plus basses que celles de la nef, mais reproduisent les mêmes caractéristiques.

La nef primitive s’avançait jusqu'à la quatrième travée du chœur actuel et se terminait par un chevet plat. Les grandes baies qui perçaient le chevet primitif ont été remplacées par des fenêtres étroites à l’extérieur et dont la spécificité est un ébrasement visible à l’intérieur. Elles permettent d’éclairer le nouveau chevet polygonal construit au XVIe siècle.

Les plafonds de l'église : nef lambrissée, chapelle des fonds baptismaux voûtée en pierres

Il se poursuit par une chapelle en équerre au sud, dite la chapelle du Rosaire. À l’extrémité du chœur, le bas des piles repose sur de larges bancs offrant un siège aux fidèles.

Un bas-côté est présent de part et d’autre du chœur. Celui situé au nord est double. Il est divisé en deux par des colonnes moins soignées que celles de la nef. Il semblerait que le bas-côté sud, aujourd'hui simple, présentait les mêmes caractéristiques.

Au sud-ouest de l’église, se situe la chapelle dite « des fonts baptismaux ». Elle est couverte par une voûte d’ogives, et devait avoir une fonction funéraire à l’origine. Ainsi, elle aurait abrité les tombes des seigneurs de Pont-Croix.

Un grand porche composé d’un arc brisé couronné d’un gâble est situé au niveau du bas-côté méridional de la nef, à l’extérieur. Ce portail aurait été inspiré par celui septentrional de l’église des Cordeliers de Quimper, datant du XIVe siècle, et ceux des cathédrales gothiques rayonnantes de la fin du XIIIe siècle, comme celui de la cathédrale de Rouen.