Influences : quelques repères historiques

I - Les origines du style

Aux XIXe et XXe siècles, les auteurs débattent largement de l’origine de cette architecture atypique. Pour certains, comme Eugène Lefèvre-Pontalis, elle prend exemple sur des édifices anglais. Pour d’autres, comme René Couffon, elle se rapproche davantage des églises poitevines. Cependant, selon les recherches récentes d’Yves Gallet, il semble que les bâtisseurs de Pont-Croix s’inspirent de l’architecture de quatre églises du Morbihan : Langonnet, Ploërdut, Priziac et Calan.

Ces églises de tradition romane réinterprétée, dépendent au Moyen Âge du diocèse de Vannes, à l’exception de Langonnet qui relevait de celui de Cornouaille. Elles sont construites entre le XIe et le milieu du XIIe siècle.

À Langonnet et Ploërdut, la nef est longue et trapue, ce qui correspond à l’une des caractéristiques de l’architecture de l’église de Pont-Croix. De même, les nefs de Calan et Priziac, églises les plus récentes de cet ensemble, sont aveugles.

Par ailleurs, Yves Gallet expose une autre particularité commune aux églises du Morbihan et aux édifices relevant du style de Pont-Croix : les arcades sont supportées par des piles de formes variées et les tores sont juxtaposés à l’intrados des arcades, comme à Pont-Croix.

Le voûtement des églises morbihannaises correspond à la seule différence notable avec les édifices du style de Pont-Croix, qui optent principalement pour une nef charpentée.

La nef de Ploërdut

II - 1260-1340

Il s’agit d’un siècle de paix dans le duché de Bretagne, comme dans le royaume de France.

Cette période de prospérité est propice à la construction de monuments religieux : abbayes, églises et chapelles. Ils sont financés par des prélats, des seigneurs et des fidèles.

C'est à cette époque que naît et se diffuse le style de Pont-Croix.

Pièce de monnaie Jean II de Bretagne

III - La guerre de Succession

La guerre de Succession de Bretagne éclate en 1341. Il s’agit d’un conflit périphérique de la guerre de Cent ans. À la mort du duc Jean III en 1341, deux prétendants s’opposent pour récupérer le titre : Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, et Charles de Blois, allié du roi de France. Une longue guerre civile dévaste les villes, les villages et les campagnes. Ce n’est qu’en 1364 que les hostilités trouvent une issue, à la suite de la mort de Charles de Blois, lors de la bataille d’Auray. Elles se terminent par la signature du premier traité de Guérande qui élève au rang d’héritier légitime le fils de Jean de Montfort, en 1365.

À la fin de cette guerre, les papes, proches de la nouvelle dynastie ducale, accordent de nombreuses indulgences afin de reconstruire les édifices détruits ou endommagés. On en dénombre 34 dans les diocèses de Quimper et de Léon : des chapelles et églises, comme Notre-Dame de Languivoa en Plonéour-Lanvern, en bénéficient.

Charles de Blois et Jean de Montfort

IV- Révolte des Bonnets Rouges

À la fin du XVIIe siècle, Louis XIV règne en maître absolu sur le royaume de France. Afin de financer ses guerres, de nouveaux impôts sont levés, notamment sur le papier timbré et l’étain.

En avril 1675, les villes bretonnes commencent à se soulever, comme Rennes, Nantes et Vannes. La révolte se propage rapidement dans les campagnes à la fin du mois de juin et prend un caractère antinobiliaire. On parle de la Révolte des Bonnets Rouges en raison des bonnets que portent les paysans. Le soulèvement est brutal, les paysans s’attaquent aux châtelains et aux agents du fisc. De nombreux pillages et destructions de châteaux, des agressions voire des exécutions sont perpétrés dans l’ouest de la Cornouaille, principalement dans le Pays Bigouden. Les paysans s’organisent : lors d’assemblées générales, ils rédigent des codes afin d’abolir les droits féodaux. Le Code Paysan semble avoir été rédigé dans l’enclos de la chapelle Notre-Dame de Tréminou de Plomeur, le 2 juillet 1675.

Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, demande l’aide du roi de France qui fait intervenir l’armée, dès septembre. La répression est sévère durant un mois. Les meneurs, hommes ou femmes, sont capturés, torturés et envoyés aux galères ou exécutés. À Combrit, quatorze paysans sont pendus à un chêne. Les clochers des paroisses rebelles sont décapités, comme à Notre-Dame de Lambour, près de Pont-l’Abbé. D’autres églises doivent rendre leurs cloches, pour avoir sonné le tocsin de la révolte.

La Révolte des Bonnets Rouges

V - Les Monuments Historiques

Les chapelles et les églises relevant du style de Pont-Croix sont restaurées au XIXe siècle. Dans les années 1830, est créé le corps des inspecteurs des Monuments historiques afin de classer les édifices et de répartir des crédits d’entretien et de restauration. La commission des Monuments Historiques est chargée de l’inventaire des bâtiments et de la formation des futurs architectes.

Dans le Finistère, l’architecte Joseph Bigot, directeur des édifices diocésains, rénove et reconstruit de nombreuses églises et chapelles. Son œuvre la plus remarquable est sans doute l’édification des flèches de la cathédrale de Quimper, inspirées de celles de l’église Notre-Dame de Roscudon de Pont-Croix. Il est également à l’origine de la rénovation de l’église Saint-Meilar de Confort-Meilars, qu’il inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Le logo des Monuments Historiques